Centre international de Formation européenne e «Fortezza Libano»

Fortezza Libano è testo citato nell’ambito del corso 
Études méditerranéennes  
Centre international de Formation européenne (CIFE)
un’intervista a Fausta Speranza è pubblicata nella tesi
 di Ylenia Romanazzi  (Directeur du Mémoire: Matthias Waechter; Deuxième Directeur de Mémoire: Claude Nigoul, anno accademico  2021/2022)
sul tema:

La diplomatie du Saint-Siège au Liban

di seguito l'intervista a Fausta Speranza riportata nella tesi:

1. Dans la préface de votre livre “Fortezza Liban”, l’historien Massimo Campanini considère le système confessionnel libanais comme l’une des principales causes de l’équilibre précaire du “pays des cèdres”. Fausta Speranza,quel est votre point de vue à ce sujet?

Tout d’abord, je voudrais rappeler l’exquise compétence du professeur Campanini et combien sa perte est douloureuse. Sa préface n’est en fait pas en désaccord avec l’analyse que je présente dans le texte. Si le professeur se disait moins optimiste. Je clarifie ma pensée : il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui, au Liban, est en jeu un nouveau projet de pays qui implique en quelque sorte la perspective d’un nouveau pacte national, plus centré sur l’idée et la pratique de la citoyenneté que sur la répartition des charges institutionnelles sur la base du confessionnalisme. Je crois moi aussi que l’enjeu n’est pas seulement un changement de gouvernement ou de politique, mais plutôt un changement de système. Le système politique confessionnel qui a certainement représenté pendant des années une ancre de stabilité a cependant montré ses limites. Il a reflété les humeurs des patrons étrangers et a été marqué par la difficulté de mener à bien des réformes vers un modèle plus durable. En effet, le système politique au nom du confessionnalisme est dominé par des alliances électorales ad hoc, constituées par des négociations et étudiées sur des compromis autour de certaines personnalités. De cette façon, des listes qui n’ont pas de base idéologique partagée apparaissent et, par conséquent, des groupes parlementaires bien identifiables font défaut.

À ce stade, je considère qu’il est nécessaire de développer une véritable conscience de la citoyenneté, c’est-à-dire la conscience d’être libanais avec le courage d’aller au-delà des appartenances confessionnelles. Jusqu’à présent, cela n’a pas été possible et je pense aussi qu’il est très délicat de penser ce qui devrait venir après une éventuelle déconfessionnalisation, comme l’introduction hypothétique du fédéralisme, d’un système électoral proportionnel.

Tout doit être en ligne avec les exigences les plus vraies de la population et au service du bien commun. La question vraiment brûlante est qu’actuellement le Liban est comme un échiquier après que d’autres jouent des matchs internationaux. Toute transformation risque d’être dictée par des stratégies étrangères et non dans l’intérêt des Libanais. Le dépassement du confessionnalisme est donc le bienvenu s’il ne devient pas un affaiblissement supplémentaire du pouvoir des citoyens sur leur destin. Il faut le faire mais en évitant les risques et surtout en conservant les meilleures inspirations qui ont conduit au confessionnalisme.

2. En juillet 2019, Raya al Hassan est entrée dans l’histoire en tant que première femme dans le monde arabe à être ministre de l’intérieur et des municipalités du Liban. Quels ont été, selon vous, les facteurs qui ont rendu le Liban unique dans le scénario méditerranéen?

Al-Hassan a également fait les gros titres en 2009, lorsqu’elle est devenue la première femme de la région à être nommée ministre des finances. Auparavant, il avait travaillé sur des programmes administratifs sous les auspices du Programme de développement des Nations unies et de la Banque mondiale. Sans aucun doute, dans le contexte des événements du Proche-Orient, les Libanais ont joué un rôle important dans la renaissance culturelle et politique du monde arabe grâce à l’épaisseur culturelle qui plonge ses racines dans les influences d’origine phénicienne, grecque, romano-égyptienne et française en plus d’être fortement influencé par une matrice islamique. Aujourd’hui, seule une saine planification de la paix, partagée à l’intérieur et à l’extérieur du territoire, peut endiguer de nombreuses logiques de domination et de nombreux risques. Et il est beau de penser que cette épaisseur culturelle est une ressource et que le féminin peut incarner précisément cette ressource en alternative idéale avec des logiques de pouvoir et de conflictualité.

3. La spécificité libanaise dérive de l’importance démographique des communautés chrétiennes sur l’ensemble de la population, en particulier l’Église maronite. Selon vous, quelle contribution cela peut-il apporter à la stabilité du pays?

La question ne se pose plus en termes numériques. Au-delà des mises à jour sur les pourcentages de chaque confession religieuse, je crois que le véritable potentiel des chrétiens est comme toujours la force du message. J’aime penser symboliquement à l’imposante statue au Sanctuaire de Notre-Dame du Liban ou Sanctuaire de Harissa, lieu riche de souvenirs et de tradition qui – caractéristique très particulière et émouvante – tient beaucoup à cœur non seulement aux catholiques.

On se retrouve musulman ou athée en prière et en recueillement. Harissa est une petite ville située à environ vingt-cinq kilomètres de Beyrouth, sur une colline surplombant la ville côtière de Jounieh à six cents mètres d’altitude.
La grande statue blanche de la Vierge apparaît du haut de la colline : elle a les bras ouverts et est tournée vers la mer. Sur le flanc de la colline on voit le siège patriarcal de l’Eglise d’Antioche des maronites à Bkerké; au sommet, le couvent des pères missionnaires de Saint Paul, appartenant à l’Eglise grecque melkite catholique; un peu plus haut, à quelques centaines de mètres, le siège de la Nonciature apostolique au Liban et à proximité du couvent des Franciscains; plus loin, celui de Chargé, siège du Patriarcat syro-catholique, tandis que sur la colline de Bzommar se trouve le Patriarcat arménien-catholique.

La vallée ci-dessous est spectaculaire et la vue de nombreux pèlerins, chrétiens et musulmans, est touchante. Voilà, je crois que c’est dans cette étreinte idéale qu’il faut imaginer la contribution des Maronites.

Le pape François, lors de l’audience aux évêques de l’Église d’Antioche des maronites, libanais et de la diaspora, en visite ad limina le 20 novembre 2018, a déclaré: “Merci à la communauté libanaise pour maintenir l’équilibre créatif – fort comme les cèdres – entre chrétiens et musulmans, sunnites et chiites; un équilibre de patriotes, de frères”. On ne peut pas mieux s’exprimer sur la contribution que l’Eglise maronite peut apporter.

4. Au cours de l’histoire, plusieurs papes se sont successivement rendus dans le pays des cèdres. Comment ont changé, selon vous, les relations diplomatiques entre le Saint-Siège et le Liban?

Je ne pense pas être en mesure de répondre correctement à cette question. Je peux seulement dire que le message de paix est toujours le même, mais le paysage de toute la région a changé: le Liban est un petit pays qu’il faut regarder en tenant compte du contexte régional. Au cours des dernières années, en particulier des dix dernières années, les chrétiens y sont de plus en plus persécutés, des communautés entières ont dû quitter leurs maisons, même de manière brutale. C’est un élément qui, je crois, a dû être pris en compte dans le temps.

 

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